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Cet article de sensibilisation aux problèmes environnementaux sur les recifs coralliens et l'aquariophilie a été rédigé pour la revue Aquarium Magazine N° 222 sous le titre Aquariophilie durable
L e dernier bilan Publié par L’UNESCO sur la situation des récifs coralliens est inquiétant : 70% des milieux récifaux pourraient disparaître d’ici 30 à 40 ans.
Créés au cours d’une évolution de plus de 50 millions d’années, les récifs coralliens constituent l’un des systèmes les plus fragiles et les plus complexes de la biodiversité. Ils font vivre près d’un million d’espèces, dont 800 de coraux et 4 000 de poissons vivant sur les récifs. Au total, ils pourraient abriter jusqu’au quart de la totalité des espèces marines De multiples activités gravitent autour de ces milieux fragiles, convoités, et sans aucun doute, les plus somptueux et les plus riches que la nature puisse nous offrir. Cette passion pour les récifs coralliens et les populations animales qui les peuplent, est favorisée par un tourisme exotique accessible à un nombre croissant de personnes et la multiplication des aquariums publics ou le milieu récifal tient souvent la vedette. Au large des bahamas un htel sous marin a été construit Pas à la portée de tout le monde ! Alors, pourquoi ne pas s’offrir à domicile un tel spectacle : un aquarium récifal. Les progrès réalisés ces trente dernières années dans le maintien, l’élevage des poissons, des invertébrés, rendent cette envie tout à fait réalisable.
Mais
Le développement de cette activité de loisir n’est pas sans conséquences, c’est incontestable : le milieu récifal est menacé. Pendant de nombreuses années l’aquariophilie marine s’est développée à partir des prélèvements effectués en milieu naturel , il est difficile d’évaluer l’impact qu’elle a eu sur cet écosystème, s’il n’est pas déterminant, il n’est pas non plus négligeable.
Un enjeu socio économique
Les laboratoires pharmaceutiques y voient un avenir plein de promesses, de nombreuses molécules sont déjà utilisées (sait on que l’AZT est extrait d’une éponge ?). Les milieux coralliens représentent un enjeu économique majeur pour les populations riveraines de l’Asie du sud est et du sud, de l’Afrique de l’est, des Caraïbes, soit plus de 500 millions de personnes. Pêche de subsistance, seule source de protéines pour beaucoup, pêche lucrative qui alimente le commerce aquariophile, tourisme lié aux récifs, génèrent en amont et en aval toute une chaîne d’activités et donc de devises et d’emplois. C’est dans ces pays qui vivent pour une bonne part des revenus liés de près ou de loin à la mer que se pose avec le plus d’acuité le problème de leur conservation.
Un enjeu environnemental
En Malaisie, au Vietnam, en Indonésie et aux Philippines, la pêche intensive a eu des effets désastreux. Le prélèvement massif d’espèces de poissons qui se nourrissent d’algues a entraîné la prolifération de ces dernières elles envahissent les récifs coralliens et les étouffent. La pêche à l’explosif cause des dommages irrémédiables aux récifs coralliens, tout comme la pêche au cyanure de sodium, qui facilite la capture des poissons tropicaux, mais tue les coraux et de nombreux autres animaux des récifs.
En plus des prélèvements destructeurs à des fins alimentaires et de loisir, l’extraction du lagon ou du platier récifal de sable et de corail pour la construction immobilière, s’ajoute l’envasement, lié à la déforestation de l’arrière pays qui assombrissent encore le bilan.Sans parler du réchauffement des mers, aggravé par les effets d’el Nino ; quant aux effets du dernier Tsunami ils ne sont pas encore évalués. Les récifs coralliens jouent un rôle essentiel dans l’équilibre et la biodiversité de la planète.
Les états réagissent
Certes les ressources côtières ne sont pas faciles à gérer. Il y a dans le monde 177 pays qui ont des côtes, mais seulement 92 ont des plans d’action volontaristes
En 1998, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l’Union mondiale pour la nature (UICN) ont dressé un plan de gestion durable.
La convention de Washington, signée par près de 150 pays réglemente ou interdit la détention ou la commercialisation des espèces les plus menacées (CITES)
Des traités internationaux comme L’ICRI ( Intern Coral Reef Initiative ) ou 8 états, dont la France, tentent une action de sauvegarde des écosystèmes coralliens : ouverture de réserves naturelles protégées, mise en place de quotas de capture, ou interdiction pure et simple des prélèvements et des exportations de certaines espèces.
De nombreux états commencent à fixer des quotas, des zones réservées, des périodes de fermeture de la pêche, à organiser une gestion des ressources locales, à promouvoir un écotourisme, d’autres lancent de vastes et ambitieux programme de réhabilitation des milieux récifaux : Japon , Australie ou délimitent des « zones de collecte »
Des actions inter- Etats comme celles menées au sein du Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (Nouvelle-Calédonie)
Les populations concernées commencent aussi à s’organiser
Aux philippines, les pêcheurs de poissons des récifs se sont regroupés en coopérative afin d’être mieux à même de profiter de leur travail et d’exercer leur métier en refusant la pêche au cyanure au profit de la pêche au filet, en s’engageant à vendre des animaux capturés, maintenus et commercialisés selon un cahier des charges : préserver les coraux ; c’est préserver l’avenir.
Les professionnels aussi, le marché devient « porteur »
Face aux législations toujours plus restrictives des états, aux contraintes environnementales l’aquariophilie d’eau de mer n’a pas d’autre perspectives : s’adapter
Les professionnels aujourd’hui, ont bien compris où est leur intérêt, et s’organisent pour moraliser un commerce lucratif et en expansion. Aux États-Unis, le marché des poissons d’aquariums est évalué à 250 millions de dollars. La demande s’accroît et les restrictions aux importations augmentent. Les élevages professionnels souvent situés en Floride, annoncent un taux de réussite de plus de 70% dans l’élevage des amphiprions mais les méthodes ne sont pas applicables à l’amateur et pas toujours publiée Comme le fait fort justement remarquer C David dans un article d’Aquarium magazine (N°206) intitulé « êtes vous prêt à payer ? », on est bien loin d’un véritable élevage industriel, la plupart des poissons commercialisés sont des espèces sauvages.
Des sociétés commerciales proposent à la vente des coraux bouturés dont l’espérance de vie est égale, voire meilleure que celle des coraux prélevés en milieu naturel, comme la société « the Aquatic Wildlife Company in Cleveland ». Sans doute les condition d’élevage sont elles plus proches de celle de nos bacs et l’espérance de vie des animaux plus grande. D’autres groupes comme le MAC créent des labels qui assurent la « traçabilité »des animaux. La société « hippocampe » en France propose de jeunes poissons acclimatés capturés au stade post larvaire et élevés en serre, elle garantit leur origine (Aquarium magazine N°206 et N° 213). En Nouvelle Calédonie une ferme d’élevage, la société SODACAL, alimente le marché Français en hippocampes.
Les aquariophiles donnent l’exemple
Aquariums publics, chercheurs aquariophiles expérimentés ouvrent des perspectives prometteuses d’élevage en milieu fermé « écosystème captif » avec des taux de réussite significatifs
Des pionniers
En 1971 à l’aquarium de Nancy plusieurs reproductions de poissons clowns ont été obtenues à (Amphiprion Polymnus) A la station biologique de Wilhelminenberg à Vienne, (A.xanthurus Percula EphippiumBicintus et Melanopus. Au jardin zoologique de la Wilhelma de Stuttgart( A.Akallopisos et Ephippium ) Frank de Graaf de l’aquarium Artis d’Amsterdam et l’un des meilleurs spécialistes au monde a obtenu dès les années 70 des taux de réussites assez élevés avec A Ocellaris en particulier
Une nouvelle génération d’aquariophiles exigeants et compétents ouvre des voies nouvelles et prometteuses
Aujourd’hui les taux de survie sont bien supérieurs, même s’ils ne concernent encore qu’un petit nombre d’espèces, comme les Apogons, Apogon Compressus, ApogonQuinquilineatus, A Cyanosoma, des poissons clowns, A Percula, A Biaculeatus melanopus ou des demoisellesneopomacentrus bankieri pomacentrus et P coelestrisamboinensis.
La "methode dite "berlinoise et Jaubert
D’une simple maintenance à espérance de vie limitée on est passé en particulier grâce à certaines « méthodes » dites Berlinoise ou Jaubert, à la possibilité de reproduire les coraux en aquariumL’association Récif France, dans ses « lettres récifales » fait état de nombreuses eproductions en milieu fermé, avec des résultats certes modestes( entre 5 et 10 % ) mais qui, outre le savoir faire, montrent que la voie existe. Sont cités la repro de Calloplesiops altivelis de ocellaris diverses espèces de gorgones: Pterogorgia citrina, Pseudopterogorgia sp., Plexaurella sp., Gorgonia flabellum, Eunicella singularis, Rumphella sp., Pseudopterogorgia americana
Actuellement plus de 150 espèces de coraux scléractiniaires peuvent être reproduites par mode asexué en aquarium, par bouturage. (Bomeman & Lowrie, 1999). Cité dans « lettres recifales »
Les bourses d’échange se multiplient les amateurs offrent des boutures de coraux.
Un article paru dans les amis de l’aquarium 1932 Strasbourg relate la reproduction réussie en 1999 par Wolfgang Mai (outre la reproduction d’amphiprions réalisée avec succès depuis les années quatre vingt) de cette espèce magnifique et convoitée qu’est le poisson mandarin difficile à maintenir en captivité, Synchiropus splendidus . Amphiprion ocellaris est couramment reproduit en ferme d’élevage et bon nombre d’amateurs la réussissent, on reliera avec interet l’article de Pascal Aubert accompagné de superbe photos ) Aquarium magazine N°203
En Floride la reproduction du Pomacanthus sp. a été réussie en aquarium, mais elle reste aléatoire : l’élevage industriel n’est pas encore pour demain. La voie est sans doute celle de l’élevage des larves et post larves capturées dans le milieu naturel élevé en milieu semi fermé ou en aquarium : aquaculture, aquarioculture se déveveloppent
En effet elle présente de nombreux avantages : elle ne prélève dans le milieu naturel que des larves qui subiraient une très forte prédation (dix pour cent à peine des alevins parviennent à l’âge adulte en milieu naturel) les adultes peuvent donc se reproduire à nouveau. Elevés en milieu semi fermé ou en aquarium ils grandissent dans de bonnes conditions à l’abri des prédateurs et s’adaptent beaucoup plus facilement a la vie en aquarium
Ces méthodes évitent les pêches dévastatrices au cyanure ou à l’explosif, et assurent à l’aquariophile des poissons sains non traumatisés habitués a une semi captivité. Des techniques de reproduction de coraux élevés en milieu semi fermé, sur des tubes de pvc, a très bien réussi, remis en milieu ouvert, ils recolonisent un récif artificiel (Japon). Dans les mêmes conditions l’élevage des larves des bénitier, très menacés en raison de la forte pression des amateurs surtout américains et nippons permet aujourd’hui de satisfaire cette demande et même de repeupler des zones où il était en voie de disparition En nouvelle Calédonie l’élevage des hippocampes, très recherchés par les aquariophiles et les asiatiques pour leurs vertus « médicinales », donne des résultats très encourageantsSon élevage outre le commerce aquariophile permet de limiter les prélèvements et même de repeupler les lagons La plupart des professionnels proposent désormais dans leurs annonces des poissons et des coraux d’origine certifiée.
Conclusion
Qui aurait pu imaginer il y a seulement vingt ans que le spectacle somptueux offert par les aquariums publics peuples de coraux, de poissons coralliens pourraient s’offrir aux aquariophiles de base Rappelons nous que l’élevage de la plupart des poissons vendus sur l’étal des poissonniers était encore une vue de l’esprit il y a 20 ans ! De fervents pionniers y ont cru et ont réussi ce que certains jugeaient impossible et surtout non rentable. Que dire de l’élevage des Discus et autres cardinalis réputés si difficiles autrefois qui peuplent aujourd’hui nos bacs et ont permis de supprimer presque totalement les prélèvements en milieu naturel.
Enquête sur les élevages marins Aquarium Magazine N° 222 l'aquariophilie durable
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