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Texte et photos Jacques Quintin Ecrit pour la revue Aquarium à la maison N° 63
Paracheirodon innesi
Ce petit Characidé, d’importation relativement récente, a incontestablement contribué a populariser l’aquariophilie tant il a suscité d’engouement par sa beauté étincelante, sa rusticité, le mystère qui a entouré sa découverte et les premières reproductions réussies. Il reste l’un des joyaux de nos aquariums malgré la rude concurrence de Monseigneur cardinalis
Décrit par Myers en 1936,sa découverte fut presque fortuite et même un peu mystérieuse. Tout commence en 1935 avec A. Rabaut un français aventurier, collecteur de papillons et à ses heures de poissons. Il revient du Pérou avec une véritable petite merveille repérée par des indigènes : un petit poisson à l’éclat exceptionnel, un vrai bijou vivant. Tout de suite ce dernier réalise que la trouvaille est exceptionnelle et se met en quête d’en pêcher quelques exemplaires malgré les risques : le haut Amazone est loin d’être un long fleuve tranquille et ses habitants, à l’époque encore moins, les péripéties seront nombreuses. Il parvient à ramener quelques spécimens en France qu’il confie à J . S Neel, celui ci propose au célèbre Ichtyologue William Innes de lui faire parvenir deux couples.) ils furent transportés par le Zeppelin Hindenburg au destin tragique. Emerveillé W. Innes l’importa ensuite par milliers. Le petit innesi est parti à la conquête du monde aquariophile…et porte le nom de celui qui le vulgarisa.


 
Géographie et biotope
Contrairement à une idée très répandue le climat des pays tropicaux est loin d’être uniforme et les milieux de vie très variables et donc les écosystèmes. Ces considérations sont essentielles pour mieux apprécier les besoins physiologiques des espèces qui les peuplent comme notre petit Characidé.
Le climat varie beaucoup d’une région à l’autre. Le Pérou se partage en trois grandes régions naturelles : la côte, la Sierra et la forêt.
-Une zone de plaine côtière, la température est en moyenne de 20°C, ce qui est peu au regard de la latitude ( nous sommes proches de l’équateur ) mais s’explique par la présence du courant de Humboldt, courant marin froid qui remonte depuis le sud le long des côtes
-Les Andes une zone froide et sèche presque de type arctique
-Le pays des plaines forestières et des collines qui représente près de 60% du territoire, une zone chaude et humide de type tropical dans les terres amazoniennes, la saison des pluies s’étend de Novembre à Avril et les T° varient de 24 à 29° : c’est le domaine du Tétra néon. Ces particularismes géophysiques expliquent sa présence, sa répartition et sa biologie.
L’or du Pérou
Il vit à l’état sauvage dans le cours supérieur de l’Amazone et de ses affluents comme le Rio Putamayo, selon G. S.G.Werner qui marque la frontière entre le Pérou et la Colombie. Sterba signale sa présence dans le Rio Purus (in « La pisciculture Française Aquariologie 1976 » ) En fait il est présent de manière sporadique dans tout le bassin du haut Amazone péruvien de l’Est. Il a été l’objet d’une pêche intensive jusqu'à une époque récente depuis Iquitos puis exporté par millions vers Manaus au Brésil plaque tournante de ce commerce lucratif vers le monde entier et contribué à faire vivre, chichement certes certaines populations riveraines. Heureusement actuellement il est reproduit à très grande échelle, en Asie surtout, en Europe même , Allemagne et Tchéquie en particulier. Les prélèvements en milieu naturel sont aujourd’hui faibles, moins de 10%, grâce aux pionniers des années 60, 70 qui ont relevé le défi d’une reproduction jugée à l’époque très difficile et largement facilitée par les méthodes modernes de reproduction ( traitements hormonaux hypophysaires)
Pour le garder longtemps
Le tétra néon n’aime guère les rivières tumultueuses, il préfère les eaux calmes non turbides un peu brunies par les matières organiques dissoutes, les « acides humiques » Il vit bien à l’abri sous les berges entre les racines, il gobe vermisseaux et petits insectes à la dérive, ce n’est pas une grande gueule les proies doivent être en proportion de sa petite bouche. Il scintille de tous ses feux : rouge, bleu électrique entrecoupé de blanc nacré. Il est petit avec ses trois à quatre cm, vulnérable facile à repérer pour les nombreux prédateurs il ne doit sa survie qu’à son instinct grégaire : regroupés par centaines ils sont difficiles à saisir.
Le bac
Offrez lui un bac régional, bien planté avec un petit espace dégagé à l’avant ou il pourra s’ébattre en compagnie d’espèces pacifiques, ni trop grosses ni trop remuantes, le choix chez ses proches cousins ne manque pas dans le genre Hyphessobrycon et quelques corydoras Coté plantations, en fond de décor des Vallisnéries, sur les cotés des Cryptos, des Anubias, du riccia fixé sur une racine pur camoufler le matériel, une touffe d'Ambullias, du classique quoi !Pas besoin d’immensité, ils ne savent plus ce que c’est ! Un bac de taille moyenne de 200 litres est idéal, il lui faut avant tout du calme de la sérénité et un bon voisinage. Pas d’éclairage trop intense ou alors tamisé par des plantes de surface : riccia, salvinias, lentilles, pas de filtration trop puissante. Les tubes horticoles à dominante rouge, un sol sombre rehaussent la brillance de son teint. Evitez scalaires, Discus ou autres Cichlidés et d’une manière générale les poissons de grande taille, agressifs ou trop territoriaux, qui peuvent le stresser… ou s’en servir comme casse croûte ,sans compter que ses besoins sont tout autres. Une quinzaine de comparses ce sera assez pour le rassurer et lui permettre d’avoir une vie sociale et amoureuse, quant aux relations interspécifiques elles sont exemplaires.
L’eau
Ce n’est pas une raison parce qu’il est rustique et peu exigeant, pour le faire vivre dans une eau trop éloignée de ses besoins physiologiques, il aime l’eau de son milieu d’origine : douce et légèrement acide. Notre petit poisson n’est pas un adepte des températures trop élevées 22 à 23° sont suffisants 24° s’il partage sa demeure avec d’autres espèces en général plus thermophiles. Au delà de 15° de dureté totale : sa longévité, sa résistance aux maladies seront très diminuées, sachez qu’à chaque changement de bac, de qualité d’eau, quels que soient les soins que vous y mettrez sa vie en sera raccourcie d’autant. Si possible laissez le vivre la ou il a grandi et ou il mourra après vous avoir réjoui pendant de nombreuses années. Pour tout dire, revers de la médaille, les souches actuelles d’élevage ont une espérance de vie moindre que celles d’antan la reproduction à l’échelle industrielle a diminué leur potentiel immuno résistant. Il est devenu tellement bon marché qu'il coûte beaucoup moins cher qu'un Guppy. Pourtant il mérite encore et toujours qu'on lui fasse une place dans nos bacs et puis pourquoi ne pas tenter d'en faire la reproduction. Elle est réalisable par beaucoup si on s’en donne la peine, passionnante. Alors tentez la ,suivez le guide…
Histoire d’eau
Obtenir la ponte ne pose aucun problème le Néon innesi est un chaud lapin, il fraie très volontiers, tout le contraire de son brillant cousin P. axelrodi, mais la fécondation des oeufs, la naissance des larves, et le développement des embryons peut se révéler des plus délicats.
Les pluies abondantes qui tombent pendant près de six mois sur la « Selva » sont la période ou il se reproduit, en aquarium rien de tel, pourtant certaines situations semblent plus propices au déclenchement de la ponte: changement d’eau, de T°, nourritures vivantes, chute de la pression atmosphérique … C'est une des premières repro délicate que nous avons menée avec succès au début des années soixante dix. A l'époque, ces résultats étonnaient les uns, émerveillaient les autres, sa reproduction restait entourée d’une certaine aura de mystère, ce que nous ne nous privions pas de cultiver un peu…
En réalité nous avions tout simplement découvert une eau de source en forêt de Broceliande qui correspondait exactement aux exigences très strictes de cette espèce. Et pour être tout à fait honnête, aussi quelques observations relatives au choix des reproducteurs, essentielles pour les élever en quantité. Quelque amis aquariophiles mis dans la confidence réussissaient sans difficulté eux aussi cette repro, rarissime à cette époque. C'était le défilé à la source en question, et je sais que plus de trente ans après certains y vont encore... le secret tenait pour l'essentiel en un mot : l'eau.
Reproduction pour aquariophiles exigeants
N'utilisez pas les petits innesi qui peuplent depuis un certain temps votre bac d'ensemble. Ils sont trop âgés, ont déjà pondu dans le bac communautaire à de nombreuses reprises et sont devenus inaptes à assurer une belle ponte avec beaucoup de jeunes. Les femelles trop rebondies ne pourront pas vider leurs ovaires, les mâles sont peu fertiles. Ceci dit si vous n'avez pas d'autre choix ,c'est possible mais les chances de réussite sont plus aléatoires.Achetez une quinzaine de jeunes, bien colorés de bonne conformation (sans malformations du squelette) élevez les dans un bac à part donnez leur des paillettes du commerce et le plus possible des nourritures vivantes (Grindals en petite quantité, larves de moustique, artemias, vers de vase, daphnies et si possible drosophiles)Très tôt, vers huit à dix mois les mâles bien reconnaissables plus minces, les femelles plus grassouillettes vont entrer en puberté séparez les sans tarder, ne les laissez pas s’accoupler . C’est un fait que nous avons mis en évidence de manière irréfutable pour en avoir élevé beaucoup : les mâles après une ou deux pontes perdent leur fertilité. Ce fait est constatable chez Paracheirodon axelrodi aussi mais beaucoup moins marqué, ce dernier s’épuise moins vite.
Les « boute en train »
Laissez quelques mâles âgés vider les femelles si elles sont trop grosses des « boute en train » en somme. Préparez un bac de vingt ou trente litres équipé comme suit
avec un petit filtre d’angle « maison » rempli de billes de tourbe Photo filtre avec billes tourbe( vendues dans le commerce aquariophile ) une résistance de faible puissance, une cage grillagée de votre fabrication en plastique vert (en jardinerie) ou le bac sans cage avec un tapis en plastique Cliché bac ponte sur tapis plastique. les œufs s’y nichent à l’abri des gourmands. Avantage du système vous profitez du spectacle de la ponte mais il est plus difficile de s’assurer du résultat. Bien que les œufs soient semi-adhésifs une bonne partie tombera à travers les mailles ou s’insinuera dans les recoins du tapis. Remplissez la cuve avec une eau très douce osmosée coupée d’eau du robinet ou de source, la dureté doit être inférieure à 2° de GH ajoutez un peu de mousse de Java ou de Sphaignes ou une plante synthétique pour les sécuriser, pas de sable sur le fond. Faites tourner le bac pendant quelques jours, sans éclairage, le cycle biologique va se mettre en place, la tourbe va abaisser le PH et le stabiliser (pouvoir tampon ) entre 6 et 6,5 ce qui est bien, faites plusieurs tests avant d’introduire les reproducteurs. Les femelles acceptent les avances des vieux messieurs ? pêchez la moins grosse (l’embonpoint est contre indiqué …) sans brutalité mettez la dans le bac de reproduction, le soir de préférence. Photos jeunes femelles Des le lendemain matin donnez lui un ou deux compagnons, ou mettez deux mâles et trois femelles la ponte sera quasi immédiate. Si l’un des mâles ne se joint pas à la fête retirez le. Après de nombreuses étreintes aussi brèves qu’intenses, la couleur des mâles vire presque du bleu au vert métallisé,100 à 150 œufs sont expulsés. Photos en diaporama de la ponte Quelle que soit la technique choisie, cage ou tapis, dès la fin du frai il faudra au plus vite retirer les reproducteurs ils vont se mettre à piller les œufs accessibles. Occultez entièrement le bac, œufs et larves sont lucifuges, la lumière empêche leur développement et peut même tuer les nouveaux nés. Réduisez au maximum le débit du filtre.
Pour que petit poisson devienne grand
L’éclosion a lieu au bout de vingt quatre à trente six heures et la nage libre à partir du cinquième jour ,c’est là que les difficultés commencent. Les distributions d’infusoires préparés à l’avance sont indispensables, la bouche des alevins est trop petite pour pouvoir absorber tout de suite des artémias ou des micro vers. Après cinq jours de distribution très parcimonieuse de micro organismes commencez à donner des artémias, observez à l’aide d’une lampe de poche: si le ventre des nouveaux nés rosit la partie est presque gagnée, ils avalent les nauplies et leur croissance va s’accélérer. Quelques jours plus tard si vous pouvez donnez Daphnies et Cyclops tamisés et de la poudre micronisée du commerce en très petite quantité. Attention toute chute intempestive du PH, toute poussée de nitrites provoquée par un excès d’infusoires ou de nourriture sont fatals : aucun droit à l’erreur. Enlevez progressivement les occultants. A partir du quinzième jours commencez à siphonner très délicatement le fond du bac sans aspirer les alevins et remplacez à chaque fois un dixième du volume par de l’eau du robinet coupée d’eau très douce : il faut remonter progressivement le PH et la dureté de l’eau. Photos alevins Après trois semaines la ligne bleue se dessine ils mesurent de 6à 8 mm, puis vers 30 jours la ligne rouge. Photos alevins Le nombre des alevins est toujours plus important qu’il n’y paraît au départ tant ils cultivent l’art du camouflage mais une soixantaine d’alevins sera un bon résultat.
Des lors la croissance sera rapide à un peu plus d’un mois ils sont en tous points semblables à leurs parents et mesurent un cm Photos alevins un mois quel régal pour les yeux et quelle satisfaction pour l’éleveur. Contribuer à multiplier la vie, voir grandir ces petits êtres, n’est ce pas un joli rêve accessible pour un aquariophile ? C’est aussi le prix de la persévérance de la patience et la certitude d’un certain « savoir faire »
Remarque
1)Tous les aquariophiles un peu expérimentés les ichtyologistes le savent le Stress est le facteur essentiel qui induit une résistance moindre face aux maladies déclarées ou le plus souvent latentes et la porte ouverte à la plupart des pathologies. Il faut attacher le plus grand soin à l’environnement, au sens large, de nos petits compagnons. Certains puristes se désolent avec raison souvent de voir des espèces de zones géographiques très éloignées cohabiter. Pour notre part, à tout prendre, nous préférons le concept de compatibilité : environnement, exigences vitales et relations inter spécifique. Un Rasbora asiatique vivra en meilleure intelligence avec notre innesi qu’avec un petit Papiliochromis sud américain intraitable pendant le frai. Sans compter l’incompatibilité que représente la T°.
2)La longévité des espèces est assez théorique et mal expliquée car de nombreux facteurs
interviennent même si les gènes jouent un rôle essentiel. La résistance de Gymnocorymbus ternetzi (veuve noire)est connue de tous, l’auteur en conserve une née chez lui qui a 12 ans, et a changé une bonne trentaine de fois d’environnement. Cette longévité de l’espèce intéresse les chercheurs. A contrario le seul fait de transférer d’un bac à l’autre à plusieurs reprises un tétra néon, ou de le faire reproduire deux ou trois fois diminue de plusieurs mois son espérance de vie…Son squelette se déforme il maigrit, vieillira et mourra précocement. Photo veuve 12 ans
Fiche technique pour un bac de 200 litres soit 100 cm x 40 cm x 50 cm de hauteur
Matériel
Deux tubes fluo type horticole
Un filtre extérieur à décantation d’un débit de 400 à 500 litres/heure garni de Pouzzolane petit calibre, de laine de perlon. Un combiné chauffant de 150 à 200 watts
Décor
Pas de pierres
Des petites racines de tourbière disposées sur le fond et en hauteur pour masquer l’appareillage
Substral
Sol nutritif composé de : 1/3 de tourbe horticole bouillie 1/3 de terreau de haute qualité 1/3 de terre de jardin propre ou de sable de Loire non lavé quelques poignées d’argile en poudre Le tout intimement mélangé et recouvert de sable de Loire pas trop fin mélangé à de la quartzite
Plantes
A l’arrière un écran de vallisnérias des cryptocorynes dans les angles encadrant les racines et une ou deux touffes d’ambullias . Du microsorium ou des anubias nana, de la mousse de Java fixés sur les racines, voire du riccia fixé par du nylon, effet décoratif garanti, Devant des variétés à faible croissance Eviter le fouillis végétal et laisser devant vers le milieu un espace libre ou les tétras aiment à parader, ne pas mettre de plantes pour ne pas gêner les Corydoras.
Paramètres physico-chimiques
Eau douce d GH : < 10°
pH de neutre à légèrement acide< 7
T° 24°C suffisant pour les characidés
Population
Eviter le « grouillement »
15 tétras néon 5 H .socolofi ou H erythrostigma une dizaine de H. heterorhabdus ou herbertaxelrodi , cinq Megalamphodus megalopterus un trio de N. palmeri Un ancistrus et cinq Corydoras de petite espèce genre panda melini napoensis ou trilineatus
Photos
Alimentation
L’embonpoint est l’ennemi du tétra, donner peu mais souvent
Paillettes de qualité
Le plus souvent possible des proies vivantes : vers de vase (en petite quantité) daphnies cyclops drosophiles artémias
Entretien
Changer chaque semaine 1/3 de l’eau
Syphonner le mulm sur le sable une fois/mois
Nettoyer les masses filtrantes tous les deux mois( jamais à fond)
Gratter les algues incrustantes sur la vitre frontale
Elaguer la plantation si besoin, enlever une partie des plantes de surface.
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